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Bordeaux, terre du jeu vidéo et du transmédia
Dernière mise à jour le lundi 27 février 2012
Par Alban Suarez
L’Aquitaine a toujours représenté un formidable vivier de créateurs et auteurs de jeux vidéo. L’esprit de Kalisto1, cette formidable société de création de jeux qui emplit de fierté la profession française, plane toujours sur notre région. Les artistes du milieu sont obligés parfois, par manque d’initiatives locales et de projets vidéo-ludiques, de mettre leurs compétences au service d’autres médias et projets comme l’animation télé, ou ciné, le Web, la pub, l’architecture, la programmation de softs et d’ingénieries de tous types. Si les projets manquent, les artisans et artistes du métier eux ne manquent pas.
Depuis septembre 2007, Bordeaux Games a vu le jour et la situation change peu à peu. Il s’agit d’un regroupement des acteurs de l’industrie et du jeu vidéo en Aquitaine. Bordeaux Games2 fédère les acteurs locaux du secteur et leur donne une représentation optimale, tout en développant, organisant, aidant et soudant la profession. Bordeaux Games représente un secteur de l’économie créative en forte croissance.
Transmédia à tout prix ?
L’année 2012 débute tout juste que l’écriture transmédia est sur toutes les lèvres. Mais qu’entend-on précisément par « écriture transmédia » ?Il s’agirait donc d’une écriture scénaristique, ou conceptuelle, faite de croisements et passerelles qu’une même oeuvre aurait sur différents supports ou médias. L’apparition des tablettes numériques et autres smartphones semble donner aux auteurs et aux éditeurs des idées, pour des oeuvres tentaculaires et déclinables sur plusieurs de ces supports. Des jeux vidéo, des dessins animés, des BD, de la TV, du Net, du cinéma, etc. : l’idée n’est pas juste de transposer une oeuvre d’un support à l’autre, mais bel et bien d’en créer plusieurs qui de manière autonome se doivent de fonctionner, tout en proposant une fois vues dans leur ensemble une vision globale de ce qui se révèle donc être une saga, ou plus commercialement parlant, une licence. À bien y regarder, ceci a toujours existé (Star Wars en est un exemple) mais l’apparition de nouveaux outils généralise cette tendance. Le problème se pose alors d’un éventuel formatage du fait des attentes des sociétés d’édition ou de productions qui ne voudraient, peut-être, plus que miser sur ce type de projets.
1. Kalisto a disparu en 2002.
2. Bordeaux Games/www.bordeauxgames.com : 3 secteurs : jeux consoles et PC, jeux Web/online et jeux mobiles ; plusieurs domaines d’activités : studios de développement,middleware, prestataires, auteurs… 24 sociétés / membres actifs, 300 personnes, 40 projets en cours.
Entretien avec David Sacomant
D’origine bordelaise, David Sacomant, passionné de jeux vidéo, de cinéma et de BD depuis son enfance, a fondé avec trois associés Emedion, une entreprise développant une solution technique pour la création d’œuvres narratives pour smartphone, ordinateur et console de jeu, basée à Paris.
Alban Suarez – Comment les auteurs issus du monde de la BD, ou d’autres médias, peuvent-ils aborder la création d’œuvres numériques ?
David Sacomant – Dès le début, notre idée était de permettre à des auteurs de créer des œuvres exploitant de nouvelles solutions narratives sur support numérique. Dans le jeu vidéo, les projets sont des œuvres collectives, dont les créateurs ne sont pas considérés comme auteurs, alors que dans le livre et la BD on reconnaît les auteurs pour leurs œuvres. Nous sommes donc partis de l’idée de permettre à ces créatifs de réaliser eux-mêmes des applications pour smartphone (iPhone/iPad, etc.), sans avoir besoin de programmer. Nous voulions nous adresser aux auteurs pour leur permettre de réaliser des œuvres multimédias originales en leur laissant une grande liberté dans leur vision de la narration pour ces supports. Une BD pensée pour le papier ne doit pas être reproduite sous la même forme sur les supports numériques. Il faut des créations spécifiques et originales Il n’y a pas qu’une seule forme possible pour la BD numérique, il y en a autant que les auteurs peuvent en imaginer. Certains choisissent de rester proches de la BD traditionnelle, tout en l’adaptant pour l’écran avec de la lecture case par case, d’autres préfèrent rajouter de l’animation et des ambiances sonores, d’autres encore permettent au lecteur de visualiser chaque case dans sa version story-board et d’enrichir leur BD avec de nombreux bonus. Enfin, certaines formes s’éloignent de la BD (même si les illustrations sont réalisées de la même façon) avec des œuvres interactives hybrides, permettant de nouvelles formes narratives, proches des « livres dont vous êtes le héros » ou du jeu vidéo.
A.S. – La notion d’interactivité fait la différence justement entre le jeu vidéo et ces nouvelles œuvres hybrides ?
D.S. – Nous avions plusieurs idées en créant Emedion. Pouvoir créer des BD « dont vous êtes le héros », des jeux narratifs semblables aux jeux de la série Phoenix Wright (sur DS) et des livres jeunesse interactifs, ludo, éducatif. Le cœur du concept était de raconter une histoire, avec des images, du texte et de permettre au lecteur d’interagir avec celle-ci. Très souvent, dès qu’il y a interactivité on pense « c’est un jeu vidéo ». Pourtant, la série de BD Destins de Glénat, avec ses deux albums à la fin de chaque tome, est-elle un jeu ? Pourquoi n’existerait-il pas des œuvres narratives interactives, qui ne soient pas forcément des jeux ? Dans un jeu, il y a la notion d’échec (le fameux « game over »), de challenge et de difficulté. Mais on pourrait très facilement imaginer une histoire où tous les choix permettent d’arriver à la fin (ou une des fins) de l’histoire et que chaque « chemin » raconte une histoire « valide », qui se tienne comme un récit à part entière. Les auteurs s’imaginent souvent qu’ils devront faire dix albums en un pour couvrir toutes les possibilités. Mais, pour raconter une histoire interactive, il ne faut pas laisser « toutes » les options possibles au lecteur. Il faut que chaque option soit intéressante et donc une vraie volonté de l’auteur.
Pour en savoir plus > www.emedion.com
Entretien avec Francis Groux
Francis Groux, éminente personnalité du monde de la BD, lecteur avisé et l’un des mousquetaires à qui l’on doit la création du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême dont la 39e édition aura lieu du 26 au 29 janvier 2012-1.
Alban Suarez – En tant qu'amateur et fin gourmet de cases et de bulles, quel regard portez-vous sur ce qui n'était hier que des balbutiements, mais aujourd’hui les véritables premiers pas de la BD numérique ?
Francis Groux – Je découvre à peine la BD numérique. Compte tenu de mon âge et de mon ancienneté comme lecteur traditionnel, j'avais peur de ces nouvelles techniques car je craignais qu'on y perde un certain nombre de choses qui me procurent du plaisir: la vision pleine et entière d'une ou deux pages qui permet à l'auteur d'utiliser sa mise en page pour jouer avec l'œil ou l'esprit du lecteur, privilégiant certaines cases par rapport aux autres. Le plaisir de feuilleter un album ou de revenir en arrière, etc. ... Mais il semble que les techniques actuelles conservent ces possibilités.
A.S. – Que pensez vous de l'écriture trans-médias ?
F.G. – L'écriture trans-médias en revanche apporte un immense PLUS car elle permet de développer à l'infini l'idée de départ d'une BD et aussi de toucher un public plus vaste. Par contre, il ne faudrait pas que cela décourage la lecture traditionnelle des albums car la BD c'est aussi une marchandise qui fait vivre les auteurs et l'argent dépensé ailleurs pourrait diminuer les ventes des albums. Il faut donc que la propriété artistique des auteurs soit respectée et protégée afin qu'ils ne soient pas les perdants de cette aventure. Je crains que les éditeurs ou ceux qui vont gérer ces nouvelles techniques se les accaparent au détriment des créateurs du départ. Cela va peut-être créer de nouveaux débouchés, mais qui va en profiter ? Il faut une législation très pointue pour sauvegarder l'intérêt des créateurs.
A.S. – Que pensez-vous du jeu vidéo ce média devenu prépondérant dans l’industrie du divertissement et du spectacle ?
F.G. – Les jeux vidéo, je connais mal car je n'ai jamais joué. Certains extraits vus à la télé sont magnifiques, donc c'est de l'ART... mais il y
a aussi beaucoup d'horreurs.
1. www.bdangouleme.com




