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Les librairies indépendantes de la Côte basque

Dernière mise à jour le lundi 16 avril 2012

Par Isabelle Saphore

L’ouverture récente de librairies et la pérennité de celles qui ont su s’adapter aux fluctuations du métier traduisent un dynamisme spécifique à un territoire très attractif. L’agglomération littorale, qui concentre plus de 60 % de la population basque, connaît une croissance importante et sa forte fréquentation touristique offre un potentiel commercial non négligeable.

C’est dans ce contexte favorable que des libraires de Bayonne, Biarritz et Saint-Jean-de-Luz nous ont confié leur point de vue.

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Le Bookstore - Biarritz

La localisation des librairies dans la ville façonne considérablement les conditions d’exercice de leur activité commerciale. Le Bookstore, ouvert en 1970 à Biarritz, bénéficie d’un emplacement idéal et d’une renommée liée à l’esthétique du lieu. Kristel Dubourg et Inès Lavigne, qui ont repris l’enseigne il y a trois mois, révèlent que la clientèle des non-résidents représente les deux tiers du chiffre d’affaires : « Cette clientèle se divise elle-même en deux catégories : les touristes de passage et les habitués de la destination. La saison s’étale de Pâques à Noël, le pic de fréquentation étant juillet et août. »

Cette segmentation se vérifie dans l’ensemble des librairies mais la situation du Bookstore demeure exceptionnelle. Ainsi, Le Festin nu, fondé en 2009 par Caroline Diaphaté et Nicolas Dupèbe, plus excentré, profite moins de la clientèle touristique mais a su tirer parti de la proximité du cinéma Le Royal pour créer des échanges culturels et cibler un autre public.

Si la librairie influence par son activité le quartier où elle est installée, les aménagements urbains peuvent avoir une incidence sur le flux de la population et modifier la vitalité des commerces. À Bayonne, L’Alinéa, créé en 2004 dans un secteur peu fréquenté, connaît une affluence plus importante depuis la rénovation de la rue d’Espagne, devenue piétonne. Les deux gérantes, Bénédicte Gelly et Nadine Boinay, sont donc sensibles à la valorisation du quartier et adhèrent à l’Association de la rue d’Espagne, dont le rôle est d’organiser des manifestations et de « défendre et dynamiser le commerce bayonnais ».

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L’environnement concurrentiel n’a pas le même impact selon le lieu, le type de librairie ou de clientèle. La librairie Darrieumerlou, spécialisée dans le livre scolaire depuis 1996, a dû diminuer son rayon universitaire face à la multiplicité des points de vente, au profit du rayon jeunesse jugé plus porteur. L’augmentation de la part des livres universitaires vendus en ligne (21 % en 2010, étude SNE/Ipsos) explique également ce déclin. Corinne et Lydie Darrieumerlou sont ainsi très intéressées par le site 1001libraires.com et précisent que le fonds scolaire (60 % du CA) permet de maintenir un bon équilibre financier.

Ces libraires de proximité sont conscients de la nécessité de fidéliser une clientèle locale qui s’étend de la Côte basque à la zone intermédiaire et jusqu’au sud des Landes. Le conseil, l’échange, une offre éditoriale choisie sont des critères de différenciation qui font leur réputation face à la concurrence des grandes chaînes du livre. Les rayons littérature et jeunesse sont les plus favorisés et les petits éditeurs, noyés dans une production pléthorique, sont valorisés. L’aspect qualitatif de la librairie indépendante reste donc un atout précieux, comme en témoignent Gérard et Marie Felices de La Rue en pente à Bayonne : la librairie, créée en 1980, a accusé une baisse de 20 % de son CA lors de l’implantation de l’enseigne Extrapole, mais a vu revenir des clients « déçus par le manque de conseil et de compétence ».

Le refus des offices « sauvages » illustre la volonté d’indépendance des libraires vis-à-vis des diffuseurs ; la visite des commerciaux reste pour eux le meilleur moyen de garder la maîtrise de leur stock et de préserver un fonds plus pointu qu’ailleurs.

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Leur clientèle a généralement un fort pouvoir d’achat et un niveau culturel élevé, mais ce sont aussi des lecteurs qui, précise Nicolas Dupèbe, font le choix de fréquenter les librairies indépendantes comme une marque de résistance à la vente de livres en grande surface. Un choix militant donc, mais aussi la recherche d’un lieu de sociabilité chaleureux et personnalisé, de ressource pour lecteurs passionnés. C’est dans cet esprit que Christèle Dierickx a mis en place au 5e Art, créé en 2010 à Saint-Jean-de-Luz, une riche programmation qui confirme le rôle d’acteur culturel local du libraire.

L’adhésion au réseau des Librairies atlantiques est perçue comme une force, un moyen d’échanger entre libraires : « Il est important de se fédérer, de s’adapter, d’être en avance. » Le label LIR apporte une lisibilité de qualité mais est trop peu connu du public pour avoir un impact. Face aux difficultés du métier − dépenses d’exploitation trop importantes (coût du transport), faiblesse des marges commerciales − le protocole d’accord Région/Drac leur a permis d’être accompagnés dans leurs projets d’installation ou de développement.

On peut craindre que la hausse du prix du foncier, conséquence directe de l’attractivité du littoral basque, n’affecte, dans les années à venir, la rentabilité de librairies indépendantes.

Toutes ont choisi de miser sur leur image qualitative répondant aux mêmes exigences de savoir-faire, de culture, de capacité à établir un lien durable avec le lecteur. Cependant, le choix du lieu d’installation, la surface de vente, l’offre éditoriale, la diversité des types de clients, la personnalité des libraires, leur engagement culturel dans la ville, sont autant de paramètres qui entrent en ligne de compte pour définir leur identité. Leurs différences sont ainsi autant de raisons d’y venir et pour elles d’exister.

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Entretien de Caroline Diaphaté et Nicolas Dupèbe, fondateurs du Festin nu à Biarritz en juillet 2009 et Christèle Dierickx, qui a ouvert Le 5e Art à Saint-Jean-de-Luz en novembre 2010.

Isabelle Saphore : – Comment avez-vous construit votre étude de marché pour l’implantation de votre librairie ?

Caroline Dierickx : – Mon conseiller à la CCI m'a fourni des données démographiques et les chiffres des librairies sur la Côte. Je n’avais ma place ni à Bayonne ni à Biarritz. J'ai interrogé les Luziens, déterminé les manques, les besoins, la clientèle potentielle, localisé les établissements scolaires, les zones de chalandises. Quant à l'investissement immobilier, j’ai dû fixer des limites pour un démarrage serein.

Caroline Diaphaté /Nicolas Dupèbe : Nous avons établi notre prévisionnel avec un cabinet d'experts-comptables en nous basant sur l'offre existante à Biarritz. L’idée était de proposer une alternative avec des choix plus affirmés qui constitueraient notre identité. Nous voulions initialement monter une librairie-café, mais n’avons pu trouver un local accessible. C'est finalement sans regret.

I.S. – Quels sont les points forts de votre librairie ?

C.D. – Mes clients apprécient de pouvoir s'asseoir, choisir tranquillement. La salle dont je dispose en sous-sol génère de la fréquentation, car il s'y passe toujours quelque chose : lectures, expos, ateliers d'écriture, initiation à la calligraphie. Située sur le chemin de la plage, la librairie est un lieu de passage quasi quotidien pour les vacanciers.

C.D./N.D. – Notre librairie a fidélisé une clientèle assez importante. Elle vit d'une alchimie entre nos choix, un fonds composé de pépites parfois improbables, des nouveautés allant du best-seller au texte repéré par très peu de lecteurs. Nous organisons des expos, dédicaces/lectures, spectacles/ateliers, trocs du livre, concours de nouvelles… Une librairie doit être dans la ville un lien social qui joue un rôle d'engagement et de passeur.

I.S. – Quels sont vos projets ?

C.D. – Organiser une dédicace par mois, monter un club de lecteurs, créer un prix littéraire, une gazette. Former la personne que je vais embaucher cette année. L'histoire de cette librairie est celle de rencontres humaines. Mais rien n'est jamais acquis, il faut perpétuellement se remettre en question.

C.D./N.D. – Développer une branche éditoriale qui donnerait accès à des textes injustement épuisés ou oubliés et à de jeunes auteurs talentueux. Nous aimerions à terme trouver un lieu pour renforcer notre fonds et nos activités. Faire grandir Le Festin nu se conjugue avec notre passion pour le livre, dans la permanence d'un combat au quotidien.