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Suspendue au-dessus des eaux… La médiathèque intercommunale du Piémont oloronais

Dernière mise à jour le lundi 27 février 2012

Par Catherine Lefort

Ouverte en juin 2010, la médiathèque intercommunale du Piémont oloronais est un bel exemple d’intégration urbaine et de conversion d’un site industriel en un lieu de culture et de valorisation du patrimoine.

Pascal Guédot, architecte du projet, et la Communauté de communes du Piémont oloronais, maître d’ouvrage, ont reçu l’Équerre d’argent 2010, attribuée par le groupe Moniteur, pour cette réalisation aux qualités urbanistiques et esthétiques incontestables.

Radiographie d’un projet complexe et bilan après un an d’activité.

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Genèse et maturation du projet

Connue pour ses performances sportives, notamment celles de son équipe de rugby réputée en son temps pour avoir semé la terreur dans la région, Oloron-Sainte-Marie a pour écrin un site géographique et naturel exceptionnel : sur les contreforts des Pyrénées, la commune de 11 000 habitants se situe aux confins des trois vallées du haut Béarn : Aspe, Ossau et Barétous, et à la confluence des gaves1 d’Aspe et d’Ossau qui, en mêlant leurs eaux, forment le gave d’Oloron. Cette ressource en eau a généré dès le XIIIe  siècle une activité industrielle prospère : moulins, manufactures de cuir, papier, tissus ont bénéficié de l’énergie hydraulique des gaves. Avec l’arrivée du chemin de fer, ces industries ont décliné ou ont été délocalisées, laissant des friches importantes.

Dès les années 90, la ville d’Oloron engage une réflexion sur l’aménagement urbain autour de la réhabilitation de ces friches industrielles, du franchissement des gaves, en l’appuyant sur une politique de valorisation culturelle, touristique et patrimoniale.

La petite bibliothèque de 600 mètres carrés dans l’aile de l’hôtel de ville étant devenue insuffisante, un projet de médiathèque s’élabore en concertation avec la bibliothèque départementale des Pyrénées-Atlantiques. Entre-temps, en 2003, la Communauté de communes du Piémont oloronais (CCPO) est créée : elle prend sous son aile les compétences de la culture – spectacle vivant et lecture publique –, du tourisme et de l’urbanisme. 2003 est aussi l’année de la création de la zone de protection du patrimoine urbain et paysager (ZPPAUP), dont les orientations définissent les interventions sur la préservation et la valorisation des friches industrielles. La CCPO reprend le projet en main, la médiathèque sera intercommunale.

L’année suivante, l’implantation de la médiathèque est actée : ce sera la Confluence, site emblématique au cœur de la ville d’Oloron, jusqu’alors masqué et inaccessible aux habitants.

Dès lors, la conception peut se poursuivre : Émergence Sud assurera l’étude du programme fonctionnel, un concours européen d’architecture est lancé en 2005. Le cahier des charges est particulièrement complexe en raison des contraintes techniques, juridiques et administratives : terrain meuble et difficile d’accès, zone Natura 2000, contraintes hydrauliques, zone sismique, construction sur une usine hydroélectrique en activité, proximité d’une ancienne usine (Çarbaçal, qui a brûlé avant le démarrage du chantier2 ), mais également articulation avec deux passerelles piétonnières en projet, construction d’un parvis et d’un parking (dont la maîtrise d’ouvrage relevait à l’origine de la Ville d’Oloron)…

Le projet architectural

Sur une centaine de dossiers reçus, cinq candidats ont concouru. Le projet de Pascale Guédot3 sera retenu.

D’après Brigitte Vanderesse, directrice de la médiathèque : « C’est le projet qui s’est imposé presque naturellement car il répondait qualitativement aux contraintes du lieu, à la volonté d’intégration et d’ouverture du site. »

À l’extrême pointe de la Confluence, le bâtiment de Pascale Guédot vient se poser avec élégance au-dessus du socle en pierre où se loge l’usine hydroélectrique4 . D’acier, de verre tamisé de pare-soleil en bois, la médiathèque surplombe les gaves sur deux côtés, formant un promontoire et offrant une promenade-belvédère sur son pourtour. Le parking a été construit sous le parvis, libérant ainsi un vaste espace devant la médiathèque où viennent se greffer les deux passerelles qui enjambent les gaves.

À l’intérieur du bâtiment, 2700 m2 répartis sur deux niveaux, l’ambiance tamisée invite à la rêverie et à la contemplation tant la vue plongeante sur les eaux bouillonnantes subjugue.

Le projet culturel

La lecture publique s’inscrit pleinement dans la politique culturelle de la Communauté de communes, qui englobe 24 communes représentant un bassin de 25 000 habitants. Avec, pour autres axes : le spectacle vivant – autour de la scène conventionnée pour les arts de la marionnette et la création du Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP), outil de médiation et d’animation du label « Pays d’art et d’histoire » récemment obtenu par la ville et dont l’action s’étendra aux vallées environnantes5 .

Organisées par pôles thématiques, les collections – tous supports – de la médiathèque s’enrichissent régulièrement : avec pour points forts le centre de ressources autour de l’architecture, du patrimoine, de l’histoire économique et sociale en lien avec le futur CIAP, également la petite enfance et la jeunesse, la littérature. Un espace multimédia est équipé de huit postes informatiques et accueillera bientôt des ateliers créatifs. Le fonds compte aujourd’hui 40 000 imprimés, 9 000 CD et 4 000 DVD. Ouverte 27 heures par semaine, la médiathèque n’a pas opté pour la gratuité, excepté pour les moins de 18 ans, mais les tarifs sont modiques : 10 € par an pour les habitants de la CDC, 15 € pour les autres.

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Un an après son ouverture

La médiathèque a plus que doublé le nombre de ses adhérents : de 3 000 (dans l’ancienne bibliothèque), il s’élève aujourd’hui à 7 500 ; doublé aussi le nombre de prêts. D’après Brigitte Vanderesse, il y a là « un bel outil, mais beaucoup de choses restent à faire en matière d’animation culturelle et du réseau de lecture publique. Des partenariats sont à développer avec les structures culturelles de la CDC et des alentours, à l’image de ce qui s’est fait à l’automne 2011 avec “Ni bleu, ni blouse”, une manifestation autour de la mémoire ouvrière oloronaise, de la parole de ceux qui ont façonné cette histoire industrielle. Elle a débuté par une commande d’écriture d’un texte de théâtre auprès François Chaffin dans le cadre d’une résidence, texte publié par une maison d’édition oloronaise et qui a inspiré une création d’un spectacle de marionnettes de Sylvie Baillon et la compagnie Ches Panses vertes, sous la houlette de la scène conventionnée ; et donné lieu à une exposition de photos à la médiathèque. »

Enfin, il appartiendra à la médiathèque, en partenariat avec la bibliothèque départementale, d’assurer sa fonction de tête de réseau auprès des autres bibliothèques et points de lecture de la communauté afin de permettre aux habitants un égal accès aux ressources documentaires : proposer et faire circuler les collections, programme d’animations partagé, politiques d’acquisition, formation et services.

Médiathèque intercommunale du Piémont oloronais
Rue des Gaves – 64400 Oloron-Sainte-Marie/05 59 39 99 37
mediatheque@piemont-oloronais.fr/http://mediatheque.piemont-oloronais.fr

1. Gave : du béarnais gabe  : torrent.

2. L’espace vide laissé par cette usine fait l’objet d’une étude d’aménagement par Michel Corajoud.

3. Pascale Guédot : née en 1960 à Pau, elle est diplômée de l’école de Paris-Belleville.

4. Pottier, dont l’exploitation est privée.

5. Le CIAP prendra place dans la villa Bedat à proximité de la médiathèque et organisera expositions, ateliers, échanges avec des universitaires ou des organismes référents dans le domaine du patrimoine.