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Compte-rendu de la journée professionnelle « Musique et bibliothèque de demain : quels enjeux, quelles pratiques ? » / 5 avril 2012

Qui a eu lieu le 5 avril 2012 à la médiathèque du Bois Fleuri (Lormont).

Dernière mise à jour le mercredi 13 juin 2012

Qui a eu lieu le 5 avril 2012 à la médiathèque du Bois Fleuri (Lormont).

Présentation de la journée

Présentation des intervenants

Le site du pôle Métiers du livre de l’IUT de Bordeaux 3 : http://metiersdulivre-bordeaux.fr/

Le site de la médiathèque du Bois Fleuri :   http://www.mediatheque.lormont.fr/opacwebaloes/index.aspx

C'est dans la récente médiathèque du Bois fleuri à Lormont qu'a eu lieu la 19ème journée d'étude menée en partenariat par l'IUT Michel de Montaigne et l'agence régionale ECLA Aquitaine. La thématique, cette année, portait sur « Musique et bibliothèque de demain : quels enjeux, quelles perspectives ? ».

Jean Touzeau, maire de Lormont, a ouvert la journée aux côtés de Jean-Pierre Vosgin pour l'IUT et d'Olivier du Payrat pour ECLA. Il a rappelé son attachement au rôle de la culture et de l'éducation, avant de placer la musique au cœur de sa réflexion. Il a rappelé qu'avec les évolutions techniques et technologiques, les élus comme les professionnels ont besoin d'éclairages pour orienter la prise de décision. Cette révolution dans le secteur de la musique ne devrait pas être subie par ces acteurs, mais au contraire impulsée et accompagnée par des expérimentations. Le directeur adjoint de la médiathèque, Johann Brun, a ensuite précisé que les chiffres au niveau national ne sont pas forcément représentatifs des réalités locales : alors qu'on parle beaucoup de crise du disque, y compris en médiathèque, le taux de rotation du fonds CD de Lormont est de 100% !

Le colloque a ensuite donné à entendre deux introductions complémentaires : la première, par Gilles Rettel, consultant (société MSAI) et spécialiste de cette thématique, a concerné les évolutions récentes du secteur de la musique, qu'il s'agisse des aspects techniques, économiques ou des pratiques et usages. Elle a été suivie par un focus sur la place de la musique en bibliothèque par Nicolas Clément, discothécaire à Bordeaux, qui a insisté sur le fait que les usagers sont de plus en plus des « consommateurs actifs » de musique, c'est-à-dire ayant une pratique en amateur.

Toutefois, parallèlement à cette évolution des usages, la révolution technologique et l'économie de l'abondance entraînent un autre phénomène : l'impact et l'intensité de la perception cognitive de la musique ne cesse de s'atténuer. En effet la connaissance d'une œuvre ne signifie pas qu'on se la soit appropriée. Et c'est là que la médiathèque entre en jeu : elle peut être le moyen d'aider l'usager à la contextualiser, à lui donner sens, et globalement à éduquer face à une information toujours plus nombreuse, mais aussi toujours plus fragmentée et dispersée.

Diaporama de Gilles Rettel

Le site du MSAI : http://www.msai.fr/

Au final, la crise dans le secteur du disque aura donc au moins eu ceci de positif, en ce qu'elle incite à l'innovation et à l'expérimentation, et peut (si ce n'est doit) confirmer la place de la musique en bibliothèque, pour la défendre et la diffuser, comme s'y efforce Nicolas Clément.

Présentation de Nicolas Clément

Le manifeste de l’ACIM : http://www.acim.asso.fr/spip.php?article335

Afin d'entrer dans le vif du sujet, Johann Brun a présenté un panorama, non exhaustif, de services innovants relatifs à l'offre musicale en bibliothèque, tous axés sur les outils numériques. Il a d'abord abordé le projet des médiathèques d'Alsace basé sur un partenariat avec la plateforme d'écoute MusicMe. Ce service d'écoute en ligne, donc accessible à domicile, permet aux établissements de valoriser leur fonds en proposant des playlists, des écoutes d'extraits etc. Il a ensuite abordé la démothèque d’Argentan, et l’intérêt que représente la constitution d’un fonds local dans une bibliothèque. Puis il a décrit le service Bibliomedia, qui propose un catalogue en ligne depuis lequel l'usager peut télécharger des soniels chronodégradables (mais ce service ne rencontre jusque là que peu de succès, probablement en raison d'un catalogue trop restreint, et difficile d'accès).

Le blog de Johann Brun : http://www.biblioroots.fr/

Après ce tour d'horizon des nouveaux services que permettent les outils numériques, l'intervention de Marie-Hélène Saphore (médiathèque d'Anglet) a permis d'illustrer la thématique avec un exemple local. A Anglet, l'espace Image et Son créé il y a 4 ans et dont elle est responsable, favorise une vraie dynamique dans la bibliothèque : il permet d'attirer de nouveaux inscrits (+ 9,3% en 2011), et les prêts de disques continuent à augmenter (alors qu'aujourd'hui, les emprunts reculent globalement en France).

Pour ce qui est des ressources numériques, la politique d'acquisition de la bibliothèque d'Anglet les considère comme des compléments, et non comme des contenus destinés à remplacer les documents traditionnels. Elle dispose par exemple d'une borne Automazic, et met à disposition des fichiers .mp3 librement téléchargeables. Elle s'est aussi abonnée au service « Extranet » qui donne accès aux ressources en ligne de la Cité de la Musique, ouvrant sur des enregistrements de concerts, des dossiers, des films documentaires etc.

Marie-Hélène Saphore a conclu en rappelant que quels que soient les ressources et services proposés, cette offre a peu d’utilité si elle n’est pas accompagnée par un travail de médiation et des bibliothécaires-médiathécaires-discothécaires professionnels et qualifiés.

Diaporama de Marie-Hélène Saphore

Le site de la médiathèque d’Anglet : http://bibliotheque-municipale.anglet.fr/opacwebaloes/index.aspx

La présentation du Culture wok par Renaud Garcia, qui en est le chef de projet, a poursuivi sur cette thématique de la médiation, de l’accès à l’œuvre. En effet, au lieu de proposer un outil de recherche qui présuppose une connaissance préalable de l’information recherchée, le Wok permet à l’usager de s’interroger sur ses envies pour orienter sa recherche de façon sensitive.  Partant d’un catalogue défini et enrichi par l'abonné au Wok (par exemple une bibliothèque), l’outil est une base de données construite sur des critères sensitifs et de genres. A chaque critère correspond un curseur, que l’usager positionne à sa guise, outre la possible sélection d'un genre. Une fois la requête effectuée, le Wok propose un tri qui correspond aux différents critères indiqués, d'après le recensement fait au préalable par le gestionnaire du Wok concerné. Pour Renaud Garcia, cet outil permet de replacer les sens et les émotions de l’usager au cœur des préoccupations des bibliothèques.

La plaquette de présentation du Culture Wok

Le site du Wok en travaux : http://www.culturewok.com/

Sous quelle forme proposer des ressources musicales est une chose. Mais se pose aussi la question des contenus en eux-mêmes. Si la matinée s'est focalisée sur les rapports entre la bibliothèque et ses publics, via son offre de documents et d’outils de médiation, l'attention doit aussi se porter du côté des acteurs qui participent de l'élaboration des contenus.

Le plus souvent municipales ou intercommunales, les bibliothèques de lecture publique jouent de plus en plus un rôle central dans la construction de l'identité territoriale d'une collectivité. Et en matière d'offre musicale, cela peut se traduire par un dialogue avec le réseau musical local, artistes, labels, diffuseurs.

Pour introduire cette demi-journée sur les bibliothèques comme vecteur de diffusion de la production et de la scène locales, c’est Christel Chapin qui a pris la parole afin de présenter aux participants la FEPPIA, Fédération des Editeurs et Producteurs Phonographiques Indépendants d’Aquitaine, dont elle est la coordinatrice. Les actions de soutien à une production diversifiée que relaie la FEPPIA sont finalement très proches des objectifs de démocratisation culturelle des bibliothèques. Créée en 2007, la FEPPIA regroupe une trentaine de labels indépendants implantés en région, à qui elle offre une visibilité, entre autres par le biais du site 1d-aquitaine.com, qui permet l’écoute d’extraits et l’achat d'œuvres sur support physique ou numérique. Conçue «  comme une vitrine sonore des labels », cette plateforme permet aussi de créer sa playlist ou d’écouter des radios dédiées à un label ou artiste. La fédération s'est aussi mobilisée pour réagir à la disparition des disquaires, et impulser des points de vente de disques dans certaines libraires voire dans des cinémas. Enfin concernant les relations avec les médiathèques, la FEPPIA peut être un partenaire pour l’organisation d’événements musicaux, et se positionne comme relais d’information sur la production musicale locale, sans toutefois se substituer aux labels en eux-mêmes.

Le diaporama de Christel Chapin

Le site de la FEPPIA : http://www.feppia.org/

Le site 1dAquitaine : http://1d-aquitaine.com/

En abordant la question du partenariat avec les labels, la question du mode de gestion des droits de l’auteur s’est rapidement posée. Un retour a donc été fait sur les différences entre un mode de gestion individuel et un mode de gestion collectif de ces droits, afin d’éclairer les conséquences que ces modèles peuvent avoir sur la relation et la négociation entre une bibliothèque et un label dans le cadre d’un partenariat.

Emmanuel Sargos, gérant de la société Pragmazic, qui commercialise des bornes d’écoute et de téléchargement dédiées à des œuvres sonores sous licence ouverte, a présenté le fonctionnement et les caractéristiques de ces licences ouvertes. Applicables à toute œuvre de l’esprit, ce modèle de gestion est récent et reste encore aujourd’hui relativement méconnu, mais progresse continûment et semble en phase avec de nouveaux usages permis par les technologies pour la musique, qu'elle soit libre voire gratuite, ou que sa diffusion s'affranchisse des intermédiaires pour être « direct-to-fan ».

Le site Pragmazic : http://www.pragmazic.net/

Marc André-Lavarenne, délégué régional de la SACEM, a ensuite présenté le modèle prépondérant, qui est celle de la gestion collective des droits, où la SACEM « suit » et redistribue les fonds aux auteurs d’œuvres musicales diffusées. Après un retour sur quelques principes fondamentaux du droit de la propriété intellectuelle, en particulier les droits de reproduction et de représentation, il a mis en garde contre ce qu'il conçoit comme le «  miroir des illusions » de la gestion individuelle, estimant qu'une gestion collective des droits d'auteur permet de mutualiser et rend l'artiste plus fort. Mais il a néanmoins rappelé que la SACEM n'avait pas d’opposition de principe aux licences ouvertes, comme l’illustre l’accord qu'elle a signé au 1er  janvier 2012 sur les Creative Commons.

Le site de la SACEM : http://www.sacem.fr/cms/home?pop=1

Le projet de la médiathèque de Gradignan autour de la borne Automazic, présenté par la responsable de l’espace Son Sylvette Peignon, a su originalement associer ces deux modes de gestion de droits, puisque la borne à l’origine dédiée à des fonds sous licence ouverte propose aussi des morceaux dont les droits sont gérés par la SACEM, dans le cadre d’un partenariat avec la fédération de labels CD1D dont la Feppia et 1d-aquitaine sont partenaires.

La borne est totalement intégrée aux fonds physiques de la médiathèque, et représente 50% de son offre musicale, avec 2.500 morceaux disponibles, sélectionnés selon des critères qualitatifs et territoriaux : ici, c’est bien la scène locale qui est mise en avant. Et cet engagement pour la promotion des artistes régionaux s’accompagne d’un choix fort en termes de rémunération, qui se fait au téléchargement titre par titre pour les titres sous SACEM, et sont achetés initialement chers (50 euros) pour ceux dont le téléchargement est libre et gratuit.

Le diaporama de Sylvette Peignon

C’est ensuite Philippe Feuillard, discothécaire à la Bibliothèque départementale de Gironde, qui s’est exprimé sur cette question du mode de gestion des droits, rappelant tout d’abord que c’est sa réflexion personnelle et non la position de sa structure qu’il est venu exposer. Il a débuté son intervention en insistant sur la responsabilité de gérer un budget d'acquisition, budget issu des finances publiques. A ce titre, il avance l'idée que les bibliothèques ne peuvent se situer uniquement dans une logique de consommation de biens culturels, particulièrement en ce qui concerne la musique, les offres légales actuelles (streaming en premier lieu) n'offrant pas une rétribution décente aux créateurs à ses yeux. De plus, face aux usages de téléchargements illégaux pourtant largement adoptés par les usagers, les bibliothèques se doivent de proposer un système alliant les avantages du téléchargement illégal (interopérabilité, immédiateté, accès multiples, gratuité ...) sans en avoir les inconvénients (pas de rétribution des artistes, virus, cadre légal ...).  

C'est pourquoi le soutien à la culture libre de diffusion (ou sous licence ouverte) lui apparaît comme étant une alternative intéressante pour les bibliothèques, la flexibilité d'usage de ces licences permettant de rétribuer les artistes/créateurs sur la base de projets spécifiques, en assurant l'interopérabilité des contenus gérés (pas de DRM), mais également une large diffusion, notamment au sein des autres établissements culturels. Par exemple, il imagine qu’un établissement puisse commander la création d'un titre musical composé sur la base d'un texte tombé dans le domaine public à un groupe sous licence libre, ce titre étant ensuite à la disposition gratuite des usagers de cette bibliothèque, mais également de toutes les autres.

Il insiste aussi sur l'aspect collaboratif et sur les projets que permet l'usage de ces licences ouvertes, les contraintes juridiques étant bien moins importantes qu’avec la gestion collective des droits. Il cite notamment l'exemple du blog de discothécaires Ziklibrenbib, blog musical traitant exclusivement de musique sous licence ouverte. Ce blog permet ainsi de mettre en avant des « artistes libres » et propose au final une sélection musicale de qualité, dématérialisée, avec laquelle chaque bibliothèque peut enrichir son fonds. Il termine son intervention en évoquant la possibilité que les bibliothèques puissent être un relais de rétribution directe aux artistes libres, à travers des formes qui restent encore à mettre en place.

Le site Gironde Music Box a ensuite été présenté par les représentants de l’association BIMUDAQ (Bibliothécaires Musicaux d’Aquitaine), Sylvette Peignon et Nicolas Clément. Là encore, il s’agit d’un cas où des bibliothécaires se positionnent et agissent comme médiateurs pour faire découvrir la richesse de la scène locale. Inspiré par l’eMusic Box de Limoges (site), ce site est en effet consacré à des groupes locaux, avec informations, écoute et contact, dans le but de proposer un outil aux professionnels des bibliothèques qui voudraient travailler avec eux.

Le diaporama des BIMUDAQ

Le site du Gironde Music Box : http://www.girondemusicbox.fr/

Enfin a été évoqué le partenariat avec un autre acteur du réseau musical : les SMAC, Scènes de Musiques Actuelles. Sont intervenus Didier Estèbe du Krakatoa et Marie Moussier de la médiathèque de Mérignac, pour parler des liens qui se tissent entre les deux structures, et se concrétisent à travers des expositions ou la présentation de la programmation du Krakatoa dans la médiathèque. Un autre partenariat se dessine visant à créer dans la médiathèque une démothèque, sur la base de l’important fonds accumulé par la SMAC, projet qui constitue une excellente voie de découverte et de patrimonialisation des œuvres locales.

Le site du Krakatoa : http://www.krakatoa.org/

Le site de la médiathèque de Mérignac : http://www.mediatheque.merignac.com/opacwebaloes/index.aspx

Pour terminer, bien qu’elle ne soit pas intervenue sur cette journée, signalons aussi l’article rédigé par Cindy Pedelaborde, intervenante sur les questions musicales à l’IUT métiers du livre, qui s’est intéressée aux partenariats existants et potentiels entre écoles de musique et bibliothèque.

La présentation de Cindy Pedelaborde