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Aqui le tour... Vincent Poussard, cuisinier de la république, éditions du Festin

Dernière mise à jour le lundi 19 mars 2012

Il avait huit ans quand il accompagnait ses parents à la traditionnelle foire de Niort. Il se souvient encore du goût de cette gaufre chantilly avec des fraises dessus. Et à l'âge du service militaire, Vincent Poussard cuisinait pour François Mitterand et sa femme, Danièle. Sauf demande particulière, c'est lui qui choisissait le menu. « Je choisissais d'abord le produit », assure-t-il. Mais comment le gosse de Melle, en Poitou-Charentes, a-t-il atterri à l'Elysée ? Un parcours du combattant a en croire son amertume. La rencontre avec Joël Normand, cuisinier en chef des présidents, fut orageuse. La cause : Vincent Poussard avait été pistonné par la députée du coin : Ségolène Royal.
On lui pose toujours les mêmes questions : Il était gentil le président ? Il mangeait quoi ? Mais comment Vincent Poussard est-il entré au « privé » de Mitterrand ? Voilà une bonne question !
Jacques Martin lui donna l'idée, Ségolène Royal fit le reste. Un jour qu'il entendit que le fils du présentateur de télévision avait fait son service militaire à l'Elysée, le gosse de Melle se vit répondre: « pourquoi pas moi ? »
Matelot pistonné
Sa mère le poussa à demander à Ségolène Royal, députée de la circonscription de Melle, de le pistonner. Ségolène Royal actionna Jean-Louis Bianco, secrétaire général de l'Elysée. Poussard sera affecté à l'Elysée après sa formation de marin à Hourtin durant laquelle il coud les pompons sur les bachis de ses camarades. Poussard débarque à l'Elysée en novembre 90, uniforme de marine, bachir et pompon, cravate noire et baskets. Il s'était fait voler ses chaussures réglementaires dans le train.
Joël Normand est le chef des 600 m² de cuisines au sous-sol, ainsi que des vingt cinq cuisiniers. « Vous êtes pistonné politique, lui lance-t-il. On n'a pas besoin d'un œil de Moscou ici. Pour ce soir, vous allez faire à manger au personnel. Après on verra. » Il fera frire du poisson pané et réchauffer des haricots verts. Mais le matelot Poussard se retrouve vite au service privé de Madame. Salades, sandwichs, yaourts. Loin de Normand qui lui mène la vie dure. « Quand j'ai commencé à faire manger Madame, l'ancien ça lui a plu » , explique-t-il franchement.
Joël Normand, le rival
Joël Normand est à l'Elysée depuis 1965, et il en a bavé comme il le raconte dans son livre La Vème République aux fourneaux . Commis de Roland Pelois, il devient le chef après Marcel Le Servot (arrivé en 69 avec Pompidou). Normand qui a servi de Gaulle (la simplicité et la ponctualité), Pompidou (les plats rustiques et les gourmandises), Giscard (la nouvelle cuisine, les œufs brouillés, les profiteroles) se retrouve face à l'énigmatique président Mitterrand. Le lendemain de son investiture, il prépare un menu simple : foie gras des Landes truffé en pièce, blanquette bretonne aux perles de saumon, riz aux légumes de printemps, fromages et fraises glacées ! Les maîtres d'hôtel pressés de questions décrivent les réactions du président : il mange peu, parle bas, ne fait aucun commentaire. Vincent Poussard deviendra petit à petit le cuisinier du président. « Il était de Jarnac, je suis de Niort. Je lui ai fait une cuisine d'instinct et de produits, loin de la cuisine protocolaire habituelle. Point barre ! »
photo : aqui.fr
Olivier Darrioumerle
Vincent Poussard, cuisinier de la République de l'Elysée aux fourneaux du Sud-Ouest , Joël Raffier, Edition Le Festin - Février 2012