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Entre les lignes : Ferdinand, une nouvelle de Lucie Braud

Dernière mise à jour le vendredi 16 mars 2012

Des petites choses naissent parfois de grandes émotions. Des petits livres aussi : Collection Alter & Ego des Éditions In8, 27 pages qui, en un nombre choisi de mots tissés en phrases simples, recréent un univers, tiré, comme une photo sépia, de l'évanescence fragile des souvenirs. Rien ne sert d'écrire un roman fleuve pour camper un décor, une ambiance et surtout un homme, un lien qui loin de brider et retenir, permet l'envol assumé et fier de ceux qui savent que quelqu'un, toujours, les attendra quelque part. Lucie Braud raconte Ferdinand, mari, père et grand−père, SON grand−père. Et chacun renoue avec l'intime. N'est−ce pas là le principe même de la collection dirigée par Claude Chambard ? « Écrire vers la rencontre, avec l'autre, le lecteur... dans une prose où l'autre emplira nos yeux, de son absence... dans la capacité à ne pas perdre la mémoire. »

Contrairement à ce qu'on peut penser, parfois ( et souvent trop vite), l'art de la nouvelle est bien un art, bien loin de la facilité de ne pas aller loin, au long cours d'une histoire aboutie. Au contraire, un grand écrivain de nouvelle doit savoir emporter son lecteur, au même titre que le romancier, mais en allant directement au coeur des choses, là où ça fait mal, là où ça fait rire, là où ça fait rêver.  Comme un urgentiste de la littérature, qui doit en peu de temps atteindre l'excellence, et pour qui il est interdit de se louper.  Or, la grande difficulté de la nouvelle se tient dans sa fin, et bien souvent, il faut l'avouer, un lecteur de nouvelle y reste, sur sa faim, avec sur le bout de la langue une question amère " oui et alors?".

De l'Atelier des Editions In 8 sortent bien des oeuvres d'Art, pour lesquelles, la dernière page tournée on ne se pose aucune question. Au contraire, on a suivi un bout de chemin avec l'auteur, à l'issue duquel on se quitte, empli de la force d'une belle expérience. C'est le cas avec "Ferdinand" où, en quelques pages, tant est dit. Il est dit que le temps passe, que tout s'efface et pourtant. Il est dit qu'il y a des liens que les années occultent parfois, mais qui ne sont que simplement muets et timides, et qu'un rayon de lumière plus doux qu'à l'habitude réveille soudain. On est alors surpris par la force de l'émotion qui, au bout du compte, submerge. Au fil des pages aussi. 

Lorsqu'on revoit les étés, les hivers... le carrelage fendu sur lequel ont glissé nos pas d'enfants jusqu'à ceux, plus assurés et fiers, de l'adulte qui s'affirme. Lorsqu'on ressent à nouveau la chaleur des regards de la vie partagée, et le froid saisissant d'une main que la vie a quitttée, ne laissant qu'une absence peuplée de souvenirs. Lors de tous ces moments là, qui renaissent sous la caresse d'une lecture de connivence, l'émotion est là, l'émotion affleure.

Rien ne sert parfois d'écrire un roman fleuve, un coeur suffit pour ressentir et se laisser emporter, comme à l'écoute, les yeux fermés, du chant d'un saxophone dans la maison de son enfance. En laissant, surtout, le charme agir... en toute simplicité d'un art qui s'exprime, dans la mesure et la justesse.

Anne DUPREZ

Ferdinand, nouvelle de Lucie Braud.
Editions Atelier In-8, 2011.
Collection Alter & Ego.
http://editions.atelier-in8.com