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Japon, l'inaccessible étoile

Dernière mise à jour le lundi 19 mars 2012

La littérature japonaise est à l'honneur du salon du livre 2012. L'honneur prend tout son sens, me direz vous, la tête pleine d'histoires de samouraï. Mais la culture japonaise est tellement étrangère qu'aucun lecteur de littérature japonaise, aussi érudit soit-il, n'est épargné par le contre-sens. Il faut accepter de se tromper, s'étonner et imaginer son Japon à soi, construire sa fiction. Les auteurs français sont traditionnellement attirés par ce Japon inconnu, irréel dirait Roland Barthes. Et trois maisons d'édition aquitaine, Cécile Defaut, Stéphane Million et Elytis, ont publié chacun à leur manière des auteurs qui ont aimé se perdre pour mieux se retrouver dans l'"Empire des signes".
Le Japon exerce traditionnellement une fascination sur les auteurs français. Ils cherchent dans le Japon un pays le plus éloigné possible. Ils peuvent inventer un pays imaginaire, exotique, en partie fantasmé.
Dans la revue littéraire "Bordel" de Thierry Million, les auteurs perçoivent souvent un Japon bienheureux avec un regard enjoué. Renaud Santa Maria, par exemple, raconte l'histoire d'un samouraï kamikaze pendant la 2ème guerre mondiale. « Il a l'âme du chevalier errant avec le sens du devoir », s 'amuse l'éditeur.
« Les auteurs construisent volontairement un Japon de l'Autre maximum », nous dit Laurent Zimmerman qui a dirigé un ouvrage collectif, D'après le Japon , aux éditions Cécile Defaut. "D'après le Japon" est ouvrage collectif né après une journée d'étude à l'ENS sur la place du Japon dans les penseurs du XXème siècle. « Comment la rencontre se fait avec le Japon et quels sont les effets de la rencontre ? » Une question fondamentale que se sont posé les écrivains et universitaires. Laurent Zimmerman nous éclaire.
« Il y a plusieurs types de rencontres des auteurs avec le Japon. Certains y vivent ou y sont allés, d'autres ont voyagé par la littérature. »
Viviane Moore n'est jamais allé au Japon, mais a écrit trois livres sur Tokyo aux éditions Eytis. Et dans la même maison d'édition, la sociologue Muriel Jolivet qui vit au Japon depuis 30 ans s'étonne toujours, dans son ouvrage Tokyo instantanés , de certaines mœurs et coutumes d'un « Japon qu'on ne pourra jamais comprendre à 100% ». François Noudelmann, quant à lui, a été, pendant un an, Mishima. Un écrivain d'extrême droite qui après une tentative de coup d'Etat raté en 1970 se suicide en public. "Tombeaux", aux éditions Cécile Defaut, est le journal de cette transformation. « J'ai connu toutes les émotions. Je l'ai vécu et essayé de les écrire, nous explique l'auteur qui s'est identifié absolument à Mishima. Je me suis arrêté avant le suicide. »
« Il y a deux possibilités, poursuit Laurent Zimmerman. Soit les auteurs cherchent à acquérir une connaissance nouvelle, comme Jacques Roubaud ou Yves Bonnefoy qui travaillent pour apprendre une nouvelle littérature. Soit ils acceptent de se tromper en abordant la culture japonaise. Ceux-ci trouvent une vérité subjective avec le malentendu et le contre-sens, comme Philippe Forest qui revendique l'erreur pour la beauté du contre-sens. »
Chez Cécile Defaut qui propose dix ouvrages sur le Japon, Mickaël Ferrier veut prolonger la tradition et la renverser en croisant les perspectives sous le titre Japon, la barrière des rencontres . « Qu'ont ils à dire de nous ? Ce n'est pas un sens unique, c'est un carrefour » , plaide-t-il. De nombreuses manières d'avancer dans le brouillard. Et quoi de plus éclairant que la littérature pour tenter d'atteindre cette inaccessible étoile.
photo : aqui.fr
Olivier Darrioumerle