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Jean-Paul Michel, Placer l'être en face de lui-même

Dernière mise à jour le lundi 19 mars 2012

Jean−Paul Michel est un poète vêtu de noir mais dont le rouge incandescent est la couleur. Le noir est sa rigueur et son exigence, le rouge la force de résonance dont son écriture se doit de faire écho. Chaque lettre est une trace, un pas, une vibration maitrisée dans la manière dont elle se construit, mais qui doit irradier au-delà de l'être même. Car le poète se doit à la mesure. Car le poète se doit à cet esprit de perfection éternellement perfectible, afin de « rendre à l'éblouissant mystère d'être le salut qu'il réclame ».
L’écriture de Jean−Paul Michel est une étoffe précieuse. La trame qui la sous-tend a la force discrète des œuvres de haute couture, le m’as-tu vu en moins. Jean−Paul Michel ne cherche pas à être vu mais à être compris, pressenti au-delà de l’ombre de la rigueur, jusqu’à l’incandescence mère, et mère de poésie. Chaque mot claque  comme un étendard, sans concession octroyée à lui−même. L’écriture doit s’envisager comme un combat, face à face, où le poète enjoint l’homme, où il le met en demeure.
Nous vivons dans un temps et un monde où la poésie est rabaissée au rang de joliesse. Quel vilain petit mot. La poésie est un ciel où brûlent des orages mais aussi des silences. « Peut−être devrait−on regretter qu’après tant de forfanteries « ludiques », la poésie manque aujourd’hui à ce point de confiance en ses pouvoirs. Nous avons besoin de cérémonies, de sacrifices, de désirs passionnés, de l’ « impossible » encore, − non de tant de protestations de « fin » des arts, si souvent associées à l’insuffisance pratique ».
La poésie est un art par lequel  le poète se doit de ciseler les mystères afin qu’ils se rendent aveuglants d’évidence à ses frères mortels, afin qu’intervienne le choc essentiel qui ébranle timides, paresseux et frileux, afin que, comme une onde magmatique qui sourd sous l’écorce, émerge enfin l’incandescence du rouge qui prime sur le noir. Et si cela est impossible, le poète est celui qui en assume l’impossibilité et qui sans cesse, et sans cesse, s’élève contre lui et contre cela. « On attend, dans une œuvre majeure, la mise en jeu de la totalité du poétique : non des « performances » ou des habiletés d’exécution, mais l’audace de ce que tout ait été risqué, dans l’art, et assumé, puisqu’il y aura fallu tout choisir ; les preuves de ce que le plus grand poète est celui qui n’ignore rien du caractère décisivement problématique (« impossible ») de ses opérations ».
photo Anne Duprez
 
Anne Duprez