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Ilot poésie

Dernière mise à jour le lundi 16 mars 2015

Comment j’ai édité certains de mes livres
Rencontre avec des éditeurs aquitains à propos de certaines de leurs récentes publications.

Les éditions Atelier de l’agneau
Avec l’éditrice François Favretto

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 La Crète d’Ariane et Minos , de Jean Esponde, éditions Atelier de l’agneau, 2015
« Le sixième livre de Jean Esponde publié par la maison d’édition, tous des livres liés au genre poésie au sens très large, disons plutôt géo-poétique. Une démarche peu évidente, surtout en poésie, qui consiste pour lui à s’impliquer, physiquement et géographiquement, dans les textes qu’il écrit. Il travaille de plus en plus dans une sorte d’axe qui croise le temps et l’espace. Il se documente, offrant ainsi à ses textes une plongée historique assez importante, et puis, surtout, il va sur les lieux, intégrant ainsi à son écriture une dimension actuelle. Il avait écrit son avant-dernier livre, Le barrage des Trois Gorges , suite à sa descente du Yang-Tsé-Kiang.

Désormais ses travaux se précisent sur des zones davantage méditerranéennes. Le précédent, Ephèse,  l’exil d’Héraclite , s’intéressait aux origines de la Grèce classique. Celui-ci porte sur la Crète minoenne, une époque bien antérieure, celle des débuts de notre civilisation, du moins ce qu’il en reste, parce que beaucoup de traces ont disparu et qu’il n’y a plus grand chose à voir à proprement parler… Ce qui rend la période d’autant plus intéressante à travailler pour un écrivain comme Jean Esponde, qui peut mêler poèmes, proses et dialogues imaginaires. »

Courants blancs  / Autres courants , de Philippe Jaffeux, éditions Atelier de l’agneau, 2014 / 2015
« Ces livres sont parus dans la collection Aphoris , consacrée aux aphorismes, mais ils auraient tout aussi bien pu faire partie de la collection Architextes , où archi a le sens d’excès, avec des textes qui, d’une manière ou d’une autre, débordent. Une collection expérimentale qui présente un travail sur le texte et la forme, que l’on appelle poésie sonore, visuelle, de la scène ou de la performance parfois.

Ces deux livres très proches, cela fait un peu de Philippe Jaffeux l’auteur de l’année ! Il travaille en disant d’abord ses textes au dictaphone, puis il les écrits. Obsédé par les chiffres, par l’ordre, il les mélange ensuite, méthodiquement, au hasart , pourrait-il écrire.

Les Courants blancs  abordaient une diversité de thèmes, allant de la nature à la philosophie, tandis que ces Autres courants  se concentrent sur des sujets précis, le corps en particulier et aussi l’alphabet, la page, l’écriture.

Dans ces collections de recherches et d’expériences d’écriture, dont la première publication remonte pour nous à 1996, l’invention et la présentation sont du domaine de l’auteur, qui peut choisir comme ici d’écrire hasart , ou de mettre des parties de mots en italique, ou parfois même décider totalement de la mise en page. Bien sûr, ce sont des textes sur lesquels il faut revenir plusieurs fois et qui, pour en apprécier la substance et la qualité, demandent d’y consacrer du temps. »

Les éditions Le Bleu du ciel
Avec l’éditeur Didier Vergnaud

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Le sbire à travers , de Jérôme Mauche, éditions Le bleu du ciel, 2015
« D’un auteur important au catalogue, avec lequel s’entretient une certaine fidélité réciproque, puisqu’il s’agit du sixième titre que nous publions, cet ensemble de micro-fictions, très drôles, faisant souvent apparaître plusieurs histoires en une histoire, racontées par des femmes sur le mode de la conversation. Gestes assez radicaux d’écriture qui peuvent s’apparenter à un geste d’artiste, très désinvolte, ces micro-récits sont d’un conteur formidable. Jubilatoires et primesautiers, souvent proches de l’absurde et à l’humour noir un peu déjanté, ils étonnent par une langue qui massacre allègrement la syntaxe.

Des textes plutôt inclassables, souvent difficiles à faire entrer au sein de maisons d’édition plus importantes, qui trouvent leur place dans une maison comme la nôtre. Après plusieurs ouvrages à l’écriture plus expérimentale, Jérôme Mauche revient ici à une narration plus classique qui s’inscrit dans le prolongement de son Electuaire du discount  (Le Bleu du ciel, 2004), déjà recueil d’histoires courtes et cocasses racontées par des femmes. 

Mes interventions en tant qu’éditeur ? Avec un auteur comme ici assez sûr de son travail, elles portent principalement sur le choix des textes, parmi un ensemble à l’origine plus important, et sur leur mise en page, afin de rendre leur lecture la plus confortable possible. »

Les éditions de l’Attente
Avec l’éditeur Franck Pruja

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Elles en chambre , de Juliette Mézenc, éditions de l’Attente, 2014
« Un livre un peu particulier, le premier livre papier d’une auteure de deux publications numériques. Un livre entre essai et poésie, qui parle des chambres d’écrivaines et des conditions d’écriture, à partir des conférences de Virginia Woolf réunies sous le titre Une chambre à soi . Un livre-galerie et un livre-poupée gigogne. Qui fait d’abord visiter à sa manière les lieux d’écriture de plusieurs écrivaines, parmi lesquelles Nathalie Sarraute, Gertrude Stein ou encore Sylvia Plath ; qui ensuite parle d’une chambre collective, à partir d’expériences d’ateliers d’écriture ; qui enfin propose à des écrivaines contemporaines, parmi lesquelles Emmanuelle Pagano, Marie Cosnay ou encore Liliane Giraudon, d’écrire à leur manière sur le sujet. Ainsi, plus le livre avance, plus il explore d’autres aspects de son sujet. 

Son origine est liée à Internet. Il s’agissait au départ de textes de commande, truffés d’une multitude de liens. De notre première rencontre avec Juliette Mézenc sont nées d’autres propositions d’écrivaines sur lesquelles elle a travaillé, puis elle a ouvert son livre à ses travaux en ateliers et à d’autres auteures.

Et ce qui nous a intéressé en tant qu’éditeur, en raison justement de toutes ces interactions, c’était d’accueillir ce projet, ambitieux pour un premier livre, en allant à contre-courant, en faisant le pari de passer du numérique à l’imprimé, en gardant par exemple les liens dans le texte. Et de proposer un livre interactif qui fonctionne comme un tout. Un livre évolutif aussi, puisque le mail de l’auteur figure à la fin, pour permettre aux lecteurs de poursuivre les échanges ! »

Les éditions fédérop
Avec l’éditrice Bernadette Paringaux

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Collection Troubadours
Le Néant et la joie , de Guillaume d’Aquitaine, traduit de l’occitan par Katy Bernard, éditions fédérop, 2013
Le Loup amoureux, de Peire Vidal, traduit de l’occitan par Francis Combes, éditions fédérop, 2014

« Les propos lancés un jour par le poète Yves Bonnefoy et rapportés par Yves Leclair, “Il faudrait retraduire tous les troubadours et si possible en faisant appel à des poètes ! ”, n’ont fait que renforcer notre idée de créer cette collection consacrée aux troubadours, alors même que, depuis longtemps déjà, la maison publiait des poètes occitans contemporains, tels Max Rouquette ou Bernard Manciet.

En 2011, ce fut chose faite. Avec la volonté d’ouvrir cette poésie à un large public, de rappeler son influence, jusqu’à nos jours, sur toute la poésie européenne et de faire ainsi comprendre que l’occitan, loin d’être une langue minoritaire, a donné lieu à une production lyrique très importante. Un recueil par troubadour, traduit et présenté par un poète contemporain, dans une édition bilingue, occitan et français. 

Le poète Yves Leclair a évidemment ouvert la collection, avec Chansons pour un amour lointain de Jaufre Rudel qui sera suivi par Fin’amor et folie du verbe , d’Arnaut Daniel, traduit par Pierre Bec, lequel a ensuite établi l’édition du recueil de chansons de femmes-troubadours, L’amour au féminin , contribuant ainsi en faire découvrir leur existence à nombre de lecteurs.

Les recueils les plus récents sont de Guillaume d’Aquitaine et de Peire Vidal.

Le Néant et la joie  rassemble les chansons de celui qui fut le grand-père d’Aliénor, un des plus grands seigneurs de son temps, le premier troubadour connu, dont la poésie est autant celle d’un paillard éhonté et impulsif que d’un amoureux transi et fasciné. Dans sa présentation, Katy Bernard n’hésite pas, témoignant de la continuité de l’influence des troubadours, à faire le lien entre Guillaume et Aragon, Gainsbourg ou encore Brassens.

Le Loup amoureux  est une sorte de journal de bord de la vie du poète, qui fut grand aventurier et voyageur, mais dont la Provence restait la terre d’élection.

Deux autres recueils sont en projet, l’un consacré à Bernard de Vendatour, l’autre à Rigaut de Barbezieux. »

Les éditions Pierre Mainard
Avec l’éditeur Stéphane Mirambeau

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Le Ciel et autres contes , d’Anne-Marie Beeckman, éditions Pierre Mainard, 2014
« Anne-Marie Beeckman fait partie d’un groupe d’auteurs, comme aussi Véronique Gentil, Olivier Hervy ou Christophe Massé, restés très présents, et patients, pendant ces trois années (pour des raisons personnelles, les éditions sont restés silencieuses de 2011 à 2013 ), persuadés que la maison reprendrait ses activités.

Ce livre devait donc paraître plus tôt et il fait partie des premiers que j’ai republiés l’an dernier.

Trois titres d’Anne-Marie étaient déjà parus dans la maison d’édition, mais chacun avec un caractère un peu particulier : Les Peintures , dont les textes sont à rapprocher d’une démarche picturale ; Molasse Candy , qui est plus narratif ; Gilgamesh  qui repose sur une légende. Ici, avec ce nouveau livre, publié dans la collection Les grands poèmes , il s’agit de son « pur » travail de création poétique.

Le manuscrit était plus conséquent mais j’y trouvais trop d’ouvertures, trop d’entrées. Je souhaitais un choix de textes plus ramassé. Ce livre est dont la seconde version, celle que j’avais retenue… en 2010. Le recueil s’en ressent maintenant, par la forte présence de poèmes liés au désir, à la chair, au sentiment amoureux. Et puis au merveilleux, qui me fascine beaucoup chez elle et qui repose sur des lignes très simples, avec une place importante évidemment réservée au bestiaire avec lequel elle sculpte ses images poétiques. Elle est une merveilleuse sorcière !

Son entrée en poésie a été assez fulgurante, quoi que tardive puisque datant seulement de sa rencontre, à plus de quarante ans, avec Pierre Peuchmaurd. Avant elle n’avait pas de liens particuliers avec la poésie, ne connaissant rien au monde, surréaliste en particulier, dans lequel lui évoluait.

Elle s’était dit très jeune, pourtant, que si un jour elle écrivait, elle s’appellerait Beeckman ! »

Les éditions Le Temps qu’il fait
Avec l’éditeur Georges Monti

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Des laines qui éclairent Une anthologie, 1978-2009,  de Pascal Commère, co-édition Le Temps qu’il fait & Obsidiane, 2012
« De Pascal Commère, je suis plutôt l’éditeur des proses et Obsidiane, son principal éditeur de poésie.

Son univers, c’est la campagne, le monde rural. Il est un héritier, direct ou lointain, d’André Frénaud, à mon avis le plus grand poète du XXe  siècle, une langue absolument inouïe… Mais il va falloir un moment pour que l’on s’en rende compte !

Pascal Commère appartient à cette famille. Une poésie faite de force, de refus de toute mièvrerie, nourrie au contraire par le réel, sa dureté, sa violence. Ce sont de grandes ballades dans le monde, dans la nature, dans l’animalité, portées par une langue vigoureuse, loin de l’image que l’on se fait en général de la poésie. Cela peut même être élégiaque, mais jamais avec la petite musique un peu facile de la poésie poétisante .

Cette anthologie personnelle est le septième volume de la collection Les analectes , que je porte depuis le début et dont l’originalité vient de ce qu’il s’agit chaque fois d’un travail réalisé en collaboration avec les éditions Obsidiane.

L’idée est d’offrir une sorte de somme d’une œuvre poétique déjà aboutie, véritable, constituée.

On sait que souvent les poètes publient de petits livres, qui disparaissent assez vite de la circulation. Par exemple Les trucs sont démolis , réalisé en 2008 avec Paol Keineg, se composait d’une majorité de livres introuvables, épuisés. Cette forme d’anthologie est alors une autre façon de publier de la poésie, en proposant à nouveau l’essentiel d’une œuvre, à partir d’un travail réalisé par l’auteur lui-même, qui décide de ce qu’il veut retenir et l’accompagne d’une introduction, sorte de bilan sur son travail, son parcours.

La collection n’est pas très abondante.

D’abord parce que cette manière de faire date est un effort considérable, que peu d’éditeurs sont en mesure de réaliser ; ensuite parce que je ne suis pas sûr qu’il y ait tant de poètes que cela qui le mérite ! »

Par Olivier Desmettre