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Nihad Hasanovic

Du 4 décembre au 2 janvier 2008, en Aquitaine, résidence en partenariat avec la BPI dans le cadre du programme "d’encre et d’exil".

Dernière mise à jour le mardi 22 novembre 2011

Du 4 décembre au 2 janvier 2008, en Aquitaine, résidence en partenariat avec la BPI dans le cadre du programme "d’encre et d’exil".

Biographie

Je suis venu au monde à Bihac, Bosnie-Herzégovine, en 1974, sous le signe du Lion, ascendant Cancer. Légèrement plus grand qu’une aubergine, j’ai failli finir dans une couveuse. Mais je ne fléchissais pas et avec le temps je croissais. Le riz que j’adorais à la crèche devait y contribuer sensiblement. Écolier, j’ai participé à un concours de physique au niveau de la République socialiste de Bosnie-Herzégovine. Je suis fier de cette participation, mais pas du fait que je suis arrivé avant-dernier (si je peux me fier à ma mémoire). L’amour de la physique et des sciences en général demeure vivant en moi encore aujourd’hui. J’aime beaucoup lire des ouvrages concernant la mécanique quantique, l’astrophysique, le problème du rapport cerveau-conscience, la génétique, l’évolution, etc. Contrairement au célèbre cliché, à l’école secondaire, je ne brillais jamais dans l’écriture des rédactions dans ma langue « maternelle ». Je m’y évertuais, mais cela n’allait pas. Ce n’est qu’en classe terminale du lycée qu’une pédagogie nonchalante d’un nouvel enseignant m’a libéré de mes inhibitions. Par conséquence, mes rédactions se sont améliorées. À cette époque, j’ai écrit ma première nouvelle sur des mineurs habitant une planète éloignée et dévastée. Ces pas de débutant ont été poussés par l’amitié avec un adolescent, grand admirateur de science-fiction, incroyablement doué pour toutes sortes d’expressions artistiques, du graffiti au rap. En 1992, l’année de la guerre, je me suis inscrit en tant que volontaire à l’Armée de Bosnie-Herzégovine. Je suis resté sous l’uniforme un peu plus de trois ans. Lors d’un automne dégoûtant, assis dans une casemate, j’ai été blessé à la fesse grâce au ricochet bienveillant d’un éclat d’obus. Ayant fait, en 2003, mon diplôme à la Faculté des lettres de Sarajevo, j’ai obtenu le titre de professeur de langue et de littérature françaises. Divers types de traductions (littéraire, juridique) ainsi que l’interprétariat me fournissent certains revenus fluctuants. En tant que traducteur et journaliste, je travaille pour la rédaction du Courrier des Balkans à Sarajevo.

Bibliographie

Mon premier livre a été publié en 1996. Il s’agit d’un drame intitulé Lève haut ton flambeau. Cet opuscule est le fruit de mon intérêt tenace pour l’ancienne Rome, son hédonisme et son pragmatisme, ses victoires militaires et ses défaites catastrophiques. C’est un exercice de style avec une pléthore d’extravagances verbales que peut-être je n’aurais pas dû publier. Pourtant, la vanité juvénile était plus forte que l’autocritique. Quatre ans plus tard, la pièce de théâtre Vraiment ?, primée à un concours du ministère cantonal de la Culture, a été éditée. Cette pièce pleine d’éléments des soap-opéras et de la poétique d’Ionesco a été joué un peu plus tard à la radio. Puis j’ai obtenu le premier prix à un concours pour un essai sur la société multiculturelle. En 2003, paraît le livre Quand les peuples ont disparu, recueil de nouvelles majoritairement fantastiques, où j’ai injecté des doses considérables d’humour noir. J’ai récemment fini le roman Le combat de Selver. Je suis en train de chercher un éditeur, ce qui, au moins dans mon cas, peut durer assez longtemps. Je traduis aussi des textes littéraires, principalement du français (entre autres, le roman de Kenizé Mourad Le jardin de Badalpour et une petite œuvre de Cioran Les cahiers de Talamanca, et parfois de l’anglais (Dick) et de l’espagnol (Paz).

Extrait :

(Extrait de l’essai Le sentier à travers un bois de bouleaux, sur le Sonderkommando de Birkenau)
Traduit par Nihad Hasanovic & Corinne Martin
 
J’ai un peu honte d’écrire sur Auschwitz. Face à tant d’intensité et de densité du mal sur un seul lieu, je me sens nul. Je me dis que je n’ai pas suffisamment mûri pour descendre dans la géhenne chauffée par des fours de la compagnie Topf und Söhnen. J’ai certains freins intérieurs, je crains d’être immature pour cette entreprise, d’être incapable d’écrire un seul paragraphe valable sur la terreur de Birkenau. Car elle n’est pas homogène comme celle des films d’horreur japonais esthétisants. Elle est bigarrée du cynisme et de la vilenie des SS qui s’amusaient à organiser des numéros sadiques. L’esprit exténué, se résignant à son exécution imminente, un détenu chante le Beau Danube bleu, avec l’approbation et à la joie d’Otto Moll, l’homme qu’il n’aurait pas été dommage de tuer. Accompagné de la mélodie de la valse, ce bourreau tire sur un contingent de prisonniers avant d’abattre avec sa dernière balle le chanteur. C’est ainsi que le sadique, plus puissant que Dieu, tuait son temps au Lager.