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Derniers retranchements d'Hervé Le Corre, Rivages

Dernière mise à jour le mercredi 20 juillet 2011

Hervé Le Corre
Derniers retranchements
Collection Rivages noir
Rivages
17x11 cm ; 284 p. ; 8,5 € ; Isbn : 2-7436-2241-5 ; mai 2011

On dirait que la qualification de roman noir a été (ré)inventée pour ses livres, tellement elle colle bien à ce qu’écrit Hervé Le Corre. Dans la destinée solitaire de ses personnages, pareille à celle des héros des récits d’un David Goodis, avec cette dimension supplémentaire de révolte qui les porte ou les broie. Par la force tranchante d’une écriture empathique et indignée. Voici dix nouvelles pour s’immerger dans un univers littéraire sans concession et sans complaisance.
Un grand souffle de défaite semble secouer ces textes, celui d’une insurrection qui ne viendrait plus. Ouvrier d’usine livrant avec ses copains un dernier combat collectif, chômeur, parents hébétés devant leurs adolescents déboussolés, amère ménagère submergée par la marée de ses tâches, le romancier sait en dire la lassitude, quelquefois aussi « la rage aveugle et mélancolique », montrer comment leur vie pèse comme un couvercle. Plus loin, un couple de vieux, aussi magnifiques dans leur amour que Philémon et Baucis, fait face aux néfastes retombées d’un monde entré dans un « chaos barbare » (Dernier jour ). Là, hommage précis au mythe du polar américain, un étrange Marlowe dégringole dans le caniveau, et un rêve de papier disparaît (De l’autre côté du trottoir ). Et tout le reste n’est que littérature, lorsque, par exemple pour dire la hâte avec laquelle un homme descend un chemin de montagne, il est écrit, avec grâce : « Il tire avec ses pieds sur le ruban étroit du chemin pour le rembobiner. »
Bernard Daguerre