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La Digue de Uchida Hyakken, Éditions de l'Atelier In8

Dernière mise à jour le jeudi 20 octobre 2011

Collection Escapade, dirigée par Sèrgi Javaloyès
Huit nouvelles traduites par Patrick Honnoré
Préface de Patrick Honnoré
12x21 cm ; 112 p. ; 12 € ; Isbn 978-2-36224-016-4 ; oct. 2011

Chaque scène est posée, simple, quotidienne. Soudain, la nuit tombe, le vent se lève, les feuillages bruissent et un être inconnu, évanescent, apparaît. Une poursuite s’engage. Un accessoire rouge s’impose, des lieux déserts, des renards, des chiens, des bruits de tambour… Le narrateur semble affolé, mais rien ne conduit le lecteur à la panique. Au contraire, tout baigne dans le surnaturel. Des êtres désincarnés, flottants, surgissent puis repartent, une fois leurs actes accomplis, comme un rêve dont on s’éveille brusquement.
Issues des deux premiers recueils de Uchida Hyakken, (1922 et 1934), les huit nouvelles traduites ici devraient s’inscrire dans la littérature moderne japonaise qui combinait alors, sur un ton confessionnel, les influences des anciens écrits zen et les réalités du pays qui venait de s’ouvrir au monde.
Pourtant, on pense surtout aux obakebanashi , les contes de fantômes, une forme littéraire à part entière très visitée par les auteurs de manga et par Hayao Miyazaki (Princesse Mononoke ).
Avec un charme subtil, Hyakken marie déjà toutes ces littératures ; Sôseki, son aîné et auteur préféré, n’y est certainement pas étranger. Tout est là : la forme brève du haïku, le détachement, l’isolement, le héros qui échoue malgré ses efforts, l’adaptation – comme le fera Mishima en 1956 – de l’art du théâtre dans sa version mugen nô , celle qui fait appel à des créatures imaginaires, fantômes ou démons (les yokaï ) et, bien sûr, l’extrême stylisation.
Paul Claudel, ambassadeur au Japon en 1922 justement, disait que « Le c’est quelqu’un qui arrive ». Avec une œuvre singulièrement en avance et des décennies de retard, Hyakken vient enfin d’arriver jusqu’à nous et, comme on entre sur scène.
Nathalie André