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Les Barbares (Le Cycle des contrées) de Jacques Abeille, Éditions Attila

Dernière mise à jour le vendredi 28 octobre 2011

Jacques Abeille
Les Barbares
Le Cycle des contrées
www.editions-attila.net
20x16 cm ; 550 p. ; dessins de François Schuiten ; carte de Pauline Berneron ; 25 € ; Isbn : 978-2-917084-31-1 ; mai 2011

Poursuivant un cycle romanesque entamé au début des années 80, l’auteur bordelais Jacques Abeille narre ici les pérégrinations d’un savant-traducteur parmi une horde de barbares dont il est seul à connaître la langue. Une belle leçon de relativisme culturel au service d’un imaginaire flamboyant où transparaissent en filigrane des questionnements sur le monde d’aujourd’hui.
Le Cycle des contrées avait vu le jour, il y a trente ans, sous la forme d’un copieux volume au titre étonnant, Les Jardins statuaires , réédité chez Joëlle Losfeld en 2004, puis en 2010 aux éditions Attila. Plusieurs volumes se sont depuis insérés dans la bibliographie de Jacques Abeille, avec pour cadre imaginaire l’Empire de Terrèbre et sa capitale éponyme. Après Le Veilleur du jour , Les Voyages du fils et Les Chroniques scandaleuses de Terrèbre , l’auteur nous convie donc une nouvelle fois dans les dédales de son univers baroque avec Les Barbares . Un titre qui évoque la violence et le sang, certes présents dans l’ouvrage, mais dont il faut surtout percevoir la valeur d’antiphrase. Car Abeille ne s’attache évidemment pas à établir un manichéisme mauvais genre entre gentils civilisés d’un côté et méchants sauvages de l’autre. Au fil des pages, le regard du lecteur change avec celui du savant-traducteur, captif rétif puis consentant, découvrant un monde dont il était loin de soupçonner la richesse morale. Ainsi se brouillent les repères jusqu’à inverser l’ordre communément admis : les mœurs des cavaliers des steppes sont emplies de « sagesse » et d’« harmonie », tandis que les « prétendus » civilisés vivent « dans les étroites limites de [leur] champ de conscience ». Réflexion sur la place du rêve dans la société, méditation sur le statut du livre et, plus largement, sur les fondements d’une culture, la fresque héroïque pose également la question d’une identité qui se trouble et qui finit par douter d’elle-même : « J’étais désormais suspendu entre deux mondes dans un lieu que ne définissait plus que l’exil… »
Frédéric Lacoste