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Les Oreilles de Buster de Maria Ernestam, Gaïa

Dernière mise à jour le mardi 10 janvier 2012

Maria Ernestam
Les Oreilles de Buster
Traduit du suédois par Esther Sermage
Gaïa éditions
22x13 cm ; 413 p. ; illustration de couverture : Yenty Jap ; 24 € ; Isbn 13 : 978-2-84720-202-1 ; sept. 2011

Une mère qu’il faut supprimer sous peine de devoir soi-même dépérir, voici le postulat du second roman de la Suédoise Maria Ernestam. Un roman qui prend ici la forme d’un journal intime concentré sur deux mois d’été, et tenu par Éva, sympathique grand-mère à qui l’on donnerait un peu trop vite le bon Dieu, avec ou sans confession…
Ne pas se fier à la couverture mauve sur laquelle une jeune fille de bonne famille taille en forme de cœur des motifs floraux. Car l’innocence supposée cache ici de lourds secrets, de froides manigances couvent sous l’obéissance respectueuse, et le terrible aveu est dévoilé dès les premières pages du livre : « Je n’avais que sept ans lorsque l’odeur fétide de la perfidie est devenue si insupportable que j’en suis venue à projeter le meurtre de ma mère. »
Un matricide… Raconté sur le mode de la confession diariste par Éva, fringante grand-mère de cinquante-six ans vivant paisiblement avec son mari Sven sur la côte ouest de Suède, le traumatisme subi durant l’enfance remonte à la surface. Au fur et à mesure des chapitres, qui font alterner vie présente et flash-back sur la vie familiale avec le père dévoué et la mère tyrannique, le livre instille son charme vénéneux. À tel point que le lecteur se surprend plus d’une fois à souhaiter que la jeune Éva mette au point, et au plus vite, son plan machiavélique.
Il sera toujours possible de reprocher à Maria Ernestam une certaine tendance à verser dans un manichéisme facile tant la mère est détestable. Néanmoins, grâce au point de vue narratif adopté, le piège compassionnel se referme parfaitement sur le lecteur prêt à tout pardonner à cette chouette mamie qui n’aime rien tant que les roses de son jardin. Complice du pire, on referme le livre, à moitié conscient de s’être peut-être fait berner par un trop habile plaidoyer. Une belle manipulation morale en somme…
Frédéric Lacoste