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Les Roses de Samode de Serge Airoldi, Cheyne Éditeur

Dernière mise à jour le vendredi 08 juillet 2011

Serge Airoldi
Les Roses de Samode
Cheyne éditeur
Collection Grands Fonds
22,5x14,5 cm ; 88 p. ; 15 € ; Isbn : 978-2-84116-166-9 ; 1er  trim. 2011

Au cours d’un nouveau voyage qui le conduit en Inde, Serge Airoldi poursuit ses pérégrinations poétiques. De New Delhi au Taj Mahal, les sensations affluent et, dans une écriture aussi concise que précise, convoquent des visages disparus, dessinent la trame d’une réalité qui résiste aux contingences du lieu et du temps.

Tout part d’une réminiscence, d’un parfum émanant « d’un collier de roses miniatures » qu’une jeune Indienne glisse autour du cou du narrateur lors d’un voyage dans ce pays aux allures de continent. L’instant épiphanique le ramène « aussitôt » vers un autre territoire, celui de l’enfance, de la ferme où la grand-mère glissait ces fleurs un peu partout, aussi bien dans des mazagrans qu’en des endroits plus insolites.

De ses années de reporter au sein du quotidien Sud Ouest , Airoldi a gardé intacts cette curiosité sans borne et ce goût des lieux qui s’écartent des balises touristiques, des « zones » prétendument « représentatives », pour toucher au plus près de l’humain et de cette « peine noire » dont il témoigne ici : « Il n’était pas admissible de passer et de se taire […], il fallait dire ou bien consentir à la chose anormale. »

Mais le tour de force de l’écriture d’Airoldi est de dépasser la linéarité du simple reportage pour établir des connexions, pour tenter d’assembler les époques et les espaces dans le livre, lieu de la « reconstitution ». D’où, par exemple, cette ambition textuelle de faire cohabiter dans une même « communauté de travail » le grand-père suant jadis « pour trouer la terre et les pierres » et ces ouvriers indiens aux corps crispés sous l’effort. L’unité couve sous la diversité, écrivait Saint-John Perse. Telle est l’essence poétique du voyage car, après tout, poursuit l’auteur, « les paysages ne font qu’un paysage, il n’y a jamais qu’un seul paysage du nord au sud, de l’ouest à l’est ».

Frédéric Lacoste