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Lettres à un ami : 56 lettres à un ami, Georges Perec, correspondance 1959-1969, Le bleu du ciel

Dernière mise à jour le mercredi 11 janvier 2012

Lettres à un ami : 56 lettres à un ami
Georges Perec, correspondance 1959-1969
Postface de Claude Burgelin
Le bleu du ciel
26x19 cm ; 160 p. ; illust. en N & B ; 20 € ; Isbn : 978-2-915232-71-4 ; déc. 2011

Soldat parachutiste sans le sou et détestant la discipline militaire, Perec compte à Pau les heures qui le séparent de la fin de son service, répétant avec une impatience non feinte : « La quille bordel, la quille ! » Le ton est libre, familier, volontiers potache et ouvertement débraillé, truffé d’abréviations fantaisistes et de jeux de mots, convenons-en, pas toujours fameux. Mais l’intérêt d’une telle publication est précisément de nous montrer l’auteur des Choses dans ce style sans affectation, au cours d’une correspondance qui ne s’inquiétait probablement pas de se retrouver un jour sur la table d’un éditeur.
Qu’apprend-on au cours de cette centaine de pages sur la personnalité de Perec ? Qu’il était un jeune homme avide des plaisirs de la vie, aimant les tablées fraternelles et les longues discussions autour d’un verre. Qu’il était encore d’une sincérité souvent sans ménagement avec ses amis, implacable jusqu’à l’excès dans ses critiques, débordant d’énergie et parfaitement conscient de devoir jouer un rôle dans le monde littéraire. Quant à son écriture, elle s’avère ici, par le mélange des registres et l’utilisation des langues étrangères, d’une remarquable modernité.
Sous sa plume se dresse également le panorama culturel d’une époque, avec un goût marqué pour le cinéma de la Nouvelle Vague et une admiration sans réserve pour le film de Resnais Hiroshima mon amour . Au détour d’une phrase, des formules lapidaires sont lancées sur tel écrivain : Sollers y est qualifié de « masturbateur intelligent », Queneau (que Perec rejoindra plus tard dans l’Oulipo), n’est pas épargné non plus.
Mais ce qui motive plus que tout cette correspondance reste la perspective de faire naître une revue, La Ligne générale , titre emprunté au film d’Eisenstein. Les considérations sur son contenu et son orientation sont ici décrites de manière très précise, et des bribes de manifeste sont même ébauchées pour « transformer la critique oiseuse et endormie en tribunal révolutionnaire ». On ne peut que regretter qu’un tel projet n’ait jamais vu le jour.
Frédéric Lacoste