Vous êtes ici : Accueil > Ressources > Lettres et Images d'Aquitaine > Notes de lecture > Sept maisons en France de Bernardo Atxaga, Christian Bourgois éditeur

Partenaires
et annonceurs

Publicité

Nouveau site écla : votre avis nous intéresse

Publicité

Lettre d'informations - abonnez vous à notre lettre d'informations

cra

Lettre d'information : Abonnez vous à notre lettre d'information numérique

Sept maisons en France de Bernardo Atxaga, Christian Bourgois éditeur

Dernière mise à jour le mercredi 13 juillet 2011

Bernardo Atxaga
Sept maisons en France
Christian Bourgois éditeur
Traduit de l’espagnol par André Gabastou
11,9x20 cm ; 274 p. ; 20 € ; Isbn : 978-2-267-02175-2 ; mai 2011

Atxaga s’est amusé à prendre à contre-pied son lecteur, délaissant les récits en terre basque pour une fable africaine. Au temps de Léopold II, roi des Belges, qui fit du Congo son jardin, un quarteron d’officiers en administre un carré, le long du majestueux et mystérieux fleuve Congo. Ils en exploitent méthodiquement toutes les « ressources » locales. Le dernier jeune gradé arrivé, Chrysostome Liège, « athlète et dévot », cristallise le climat déjà délétère de cette communauté, contribuant à sa destruction. La bêtise et la cruauté humaines sont comme diluées dans la forme malicieuse du récit.
Un vieux lion extrait du zoo royal de Bruxelles pour venir mourir dignement au pays souligne le grotesque apparent de l’affaire, tout comme l’érection, dans une pompe religieuse somme toute minable, d’une statue en marbre blanc de la Vierge sur une île du fleuve. Car les rafles de jeunes filles, la collecte forcée du caoutchouc et les concours imbéciles de tirs sur les singes accentuent le caractère infernal de l’agitation criminelle de la garnison. Se dessine en creux la pression silencieuse et menaçante des Africains, tapis dans la forêt comme dans un tableau du douanier Rousseau. La cupidité et l’enflure poétique du capitaine, la folie alcoolisée du lieutenant, l’extrême raideur morale de Chrysostome, le mal-être de Livo, le chef noir du mess, tout concourt à faire tourner au pire la situation. Conteur de grand talent, Atxaga procède par touches comme un peintre, prenant successivement de la distance ou bien forçant l’objectif sur tel ou tel de ses personnages ; pour décrire cet enfer colonial, rien ne vaut la suavité grave de sa prose.

Bernard Daguerre